Depuis le 1er mars 2026, les personnes qui ouvrent un nouveau droit aux allocations de chômage complet en Belgique sont soumises à une limitation dans le temps pouvant aller jusqu’à 24 mois. La réforme découle de la loi-programme du 18 juillet 2025, publiée au Moniteur belge le 29 juillet 2025. Pour les personnes qui percevaient déjà des allocations avant l’entrée en vigueur du nouveau régime, des mesures transitoires sont appliquées depuis le 1er juillet 2025.
Pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, la réforme constitue un changement important. Contrairement à une idée encore répandue, le seul fait d’avoir atteint 50 ou 55 ans ne garantit pas automatiquement le maintien des allocations jusqu’à la pension.
Voici ce qu’il faut comprendre pour anticiper sa situation.
Ce que prévoit la réforme
Pour les nouveaux droits ouverts à partir du 1er mars 2026, la durée d’indemnisation comprend :
- une période de base de 12 mois ;
- une période complémentaire pouvant atteindre 12 mois, calculée en fonction du passé professionnel.
L’ONEM accorde un mois supplémentaire par tranche de 104 jours de passé professionnel, avec un maximum de 12 mois complémentaires. Le droit peut donc atteindre 24 mois au total.
Il faut néanmoins avoir préalablement rempli les conditions d’admissibilité aux allocations. La période de base de 12 mois n’est donc pas ouverte sans condition à toute personne inscrite comme demandeuse d’emploi.
Dans le nouveau système, l’ouverture d’un droit nécessite généralement de prouver 312 jours de travail ou assimilés au cours d’une période de référence. Pour obtenir les 12 mois complémentaires, il faut ensuite pouvoir valoriser 1.248 jours supplémentaires, soit 12 tranches de 104 jours. En pratique, cela correspond généralement à environ cinq années de passé professionnel, même si le calcul précis dépend de la carrière et des jours déjà utilisés pour ouvrir un droit antérieur.
Les allocations d’insertion, destinées principalement aux jeunes qui ne disposent pas encore d’un passé professionnel suffisant, sont quant à elles limitées à une durée maximale d’un an.
Une transition progressive pour les personnes déjà au chômage
Les personnes qui percevaient déjà des allocations avant l’entrée en vigueur de la réforme ne basculent pas toutes immédiatement dans un nouveau délai de 24 mois.
Les mesures transitoires ont commencé le 1er juillet 2025. Les fins de droit sont échelonnées en plusieurs vagues, selon la date d’admission, la période d’indemnisation dans laquelle se trouve la personne et son passé professionnel.
Les principales échéances s’étendent du 1er janvier 2026 au 1er juillet 2027. Les personnes situées dans la première période d’indemnisation et disposant d’au moins cinq années de passé professionnel peuvent notamment conserver leurs allocations jusqu’au 1er juillet 2027 dans le cadre de cette transition.
Une lettre personnalisée a été envoyée aux personnes concernées. Selon la situation, cette information provient directement de l’ONEM ou de l’organisme de paiement — syndicat ou CAPAC — lorsqu’une nouvelle demande a été introduite pendant la période transitoire.
Entre 50 et 54 ans : aucune exemption fondée sur l’âge
Pour les demandeurs d’emploi âgés de 50 à 54 ans, le constat est clair : aucune exception générale n’est prévue en raison de l’âge.
Une personne qui ouvre un nouveau droit à 50, 52 ou 54 ans reste donc soumise à la durée maximale de 24 mois, calculée en fonction de son passé professionnel.
Il serait toutefois incorrect de dire qu’elle se trouve exactement dans la même situation qu’un jeune diplômé. Le travailleur qui possède un passé professionnel relève des allocations de chômage, tandis que le jeune qui n’a pas suffisamment travaillé relève généralement des allocations d’insertion, limitées à 12 mois. Les conditions d’accès, les montants et les règles de calcul sont différents.
Pour les travailleurs de 50 à 54 ans, la durée d’indemnisation devient néanmoins une véritable échéance. Il est donc préférable d’activer rapidement les différents leviers disponibles : bilan de compétences, accompagnement personnalisé, élargissement du réseau professionnel, formation qualifiante ou repositionnement vers des secteurs qui recrutent.
Une activité indépendante complémentaire peut aussi être envisagée, mais elle est soumise à des conditions précises et ne garantit pas à elle seule le maintien d’un revenu après la fin du droit au chômage.
De même, le régime de chômage avec complément d’entreprise — anciennement appelé prépension — ne constitue pas une solution librement accessible. Il suppose notamment un licenciement, une convention collective applicable ainsi que des conditions d’âge et de carrière.
À partir de 55 ans : une exception soumise à une longue carrière
Une exception à la limitation dans le temps existe pour certaines personnes âgées d’au moins 55 ans. Elle est cependant soumise à deux conditions cumulatives :
- avoir atteint l’âge de 55 ans au moment de l’ouverture du droit ;
- pouvoir justifier un passé professionnel suffisamment long.
Pour un nouveau droit ouvert en 2026, le passé professionnel requis est de 31 ans. Il passera ensuite à :
- 32 ans en 2027 ;
- 33 ans en 2028 ;
- 34 ans en 2029 ;
- 35 ans à partir de 2030.
L’ONEM précise par exemple qu’une personne qui ouvre son droit en 2026 à l’âge de 55 ans doit prouver 31 années de passé professionnel pour que son droit ne soit pas limité dans le temps.
Il ne suffit donc pas d’avoir 55 ans ou de les atteindre pendant la période d’indemnisation. L’âge requis doit en principe être atteint au moment où le nouveau droit est ouvert.
Une exception qui pourrait concerner une minorité des chômeurs âgés
Selon une estimation de l’ONEM reprise par l’Institut fédéral pour la protection et la promotion des droits humains, environ 82 % des chômeurs âgés de 55 ans et plus risquaient de perdre leurs allocations dans le cadre de la réforme, notamment parce qu’ils ne rempliraient pas la condition de 31 années de passé professionnel.
Ce chiffre doit être interprété avec prudence : il s’agit d’une estimation réalisée lors de l’examen du projet de loi et non d’un décompte définitif des exclusions effectivement intervenues.
Il montre néanmoins que l’exception réservée aux travailleurs âgés est beaucoup plus restrictive qu’elle pourrait le laisser penser.
Comment le passé professionnel est-il calculé ?
Le passé professionnel retenu par l’ONEM ne correspond pas nécessairement au nombre d’années figurant sur un relevé de carrière destiné au calcul de la pension.
Certaines périodes sans travail effectif peuvent être assimilées, notamment :
- les périodes couvertes par certaines indemnités de maladie ou d’invalidité ;
- les accidents du travail et les maladies professionnelles ;
- le chômage temporaire ;
- certaines périodes de maternité, de naissance ou d’adoption.
Il serait donc incorrect d’affirmer qu’une maladie de longue durée fait automatiquement perdre des années de passé professionnel. De nombreuses périodes d’incapacité sont prises en considération par l’ONEM.
En revanche, les carrières à temps partiel peuvent faire l’objet d’une conversion. À titre d’exemple, deux années travaillées à mi-temps peuvent, selon le statut de la personne, ne représenter qu’une année de passé professionnel converti à temps plein.
Les activités indépendantes, certaines interruptions non assimilées ou des périodes d’inactivité peuvent également avoir une incidence sur le calcul. Il est donc indispensable de faire vérifier son dossier personnel par l’ONEM ou par son organisme de paiement.
Les autres exceptions prévues
La limitation dans le temps ne s’applique pas ou s’applique différemment à certaines catégories spécifiques, parmi lesquelles :
- les bénéficiaires d’une allocation de sauvegarde ;
- les bénéficiaires de l’allocation du travail des arts et certains anciens travailleurs des arts relevant du filet de sécurité ;
- les travailleurs des ports ;
- les pêcheurs de mer, débardeurs et trieurs de poissons reconnus ;
- les personnes relevant du régime de chômage avec complément d’entreprise ;
- certains travailleurs en situation de handicap occupés sans interruption depuis le 1er juillet 2004 dans un atelier protégé, avec maintien du droit aux allocations.
La date correcte concernant les ateliers protégés est donc bien le 1er juillet 2004, et non le 1er juillet 2024.
Dans quels cas la date de fin du droit peut-elle être reportée ?
La réforme prévoit plusieurs mécanismes de prolongation ou de maintien du droit. Il n’existe toutefois pas une règle générale selon laquelle tous les reports seraient limités à 12 mois.
Une reprise de travail à temps plein peut, par exemple, reporter la date de fin du droit de la durée de l’occupation. Il en va de même dans certaines situations de travail à temps partiel sans allocation ou de maladie et d’invalidité. Les effets précis diffèrent selon que la réglementation reporte uniquement la date de fin ou également les périodes d’indemnisation.
Une personne qui travaille à temps partiel avec maintien des droits et perçoit une allocation de garantie de revenus peut, sous certaines conditions, conserver cette allocation jusqu’à la fin de l’occupation en cours. L’horaire doit notamment rester au moins égal à 19 heures par semaine ou à la moitié de l’horaire à temps plein applicable dans l’entreprise.
Dans le cadre des mesures transitoires, les personnes qui ont commencé avant le 1er janvier 2026 une formation vers un métier en pénurie et bénéficient d’une dispense de disponibilité peuvent également conserver leurs allocations pendant la durée de la formation, tant que la dispense reste accordée.
Pour les nouveaux droits, un maintien particulier est notamment prévu pour certaines formations préparant aux fonctions critiques d’infirmier ou d’aide-soignant. Le droit peut être maintenu pendant la formation, dans la limite d’une année au-delà de la durée normale de celle-ci et, en tout état de cause, pendant cinq ans au maximum à compter du début de la formation.
Une formation ne prolonge donc pas automatiquement les allocations : son effet dépend de la formation suivie, de la date à laquelle elle a commencé et de la dispense accordée par le service régional de l’emploi.
Ce que cela change dans une recherche d’emploi après 50 ans
Une pression temporelle plus forte
Pour un candidat qui ne bénéficie pas d’une exception, la recherche d’emploi doit désormais s’inscrire dans une échéance connue.
Cela renforce l’intérêt d’agir dès le début de la période d’indemnisation : clarifier son projet professionnel, identifier les compétences transférables, actualiser ses outils de candidature, développer son réseau et envisager une formation lorsque celle-ci répond à une réelle demande du marché.
Attendre les derniers mois avant la fin du droit risque de réduire fortement les options disponibles.
La discrimination liée à l’âge ne disparaît pas
La réforme ne règle pas les difficultés rencontrées par certains candidats âgés lors du recrutement. Unia rappelle que la discrimination fondée sur l’âge est interdite et qu’elle peut notamment se manifester dans les offres d’emploi, les procédures de sélection, les conditions de travail ou les licenciements.
Les stéréotypes portant sur le coût salarial, la capacité d’adaptation, les compétences numériques ou la proximité de la pension continuent de peser sur certains recrutements.
Dans ce contexte, la limitation du chômage augmente la pression financière sur des personnes qui peuvent déjà rencontrer davantage d’obstacles pour retrouver un emploi.
Des aides différentes selon les Régions
Des dispositifs d’accompagnement ou d’aide à l’embauche existent, mais ils diffèrent selon la Région, l’âge, le domicile du travailleur, sa durée d’inscription comme demandeur d’emploi et la date de son engagement.
Il ne faut donc pas parler d’une réduction générale des cotisations patronales applicable à toute personne de plus de 50 ans.
Les conditions doivent être vérifiées directement auprès :
- du Forem en Wallonie ;
- d’Actiris à Bruxelles ;
- du VDAB en Flandre ;
- de l’Arbeitsamt en Communauté germanophone.
Ces régimes évoluent régulièrement. Le Forem indique notamment que plusieurs aides à l’emploi wallonnes ont été modifiées ou supprimées dans le cadre de la réforme des aides à l’emploi.
Le CPAS comme dernier filet de protection
Une personne qui arrive en fin de droit sans emploi et sans autre revenu de remplacement peut introduire une demande auprès du CPAS de sa commune.
Le revenu d’intégration n’est toutefois pas accordé automatiquement. Le CPAS examine notamment :
- les ressources personnelles ;
- les revenus du ménage ;
- la situation familiale ;
- la résidence effective ;
- la disposition au travail, sauf motif reconnu.
Il est recommandé de contacter le CPAS avant la date de fin des allocations afin de connaître les documents nécessaires et de préparer le dossier. Le droit éventuel au revenu d’intégration ne prendra néanmoins naissance que lorsque les conditions seront effectivement remplies.
Vérifier sa situation personnelle sans attendre
Deux personnes du même âge peuvent avoir une date de fin de droit différente selon leur date d’admission, leur passé professionnel, les périodes déjà indemnisées et les mesures transitoires qui leur sont applicables.
Les démarches prioritaires sont donc les suivantes :
- vérifier la date exacte de fin de droit figurant dans le courrier de l’ONEM ou de l’organisme de paiement ;
- demander le détail du passé professionnel retenu ;
- signaler les périodes de travail ou périodes assimilées qui pourraient manquer ;
- vérifier les possibilités de prolongation liées à une reprise d’emploi, une maladie, une formation ou un travail à temps partiel ;
- solliciter rapidement un accompagnement auprès du service régional de l’emploi.
Un recours encore pendant devant la Cour constitutionnelle
La réforme fait l’objet d’un recours devant la Cour constitutionnelle.
Dans un arrêt rendu le 15 janvier 2026, la Cour a rejeté la demande de suspension. Elle a considéré que les conditions nécessaires à une suspension immédiate, notamment la démonstration d’un préjudice grave et difficilement réparable, n’étaient pas remplies.
Ce rejet ne signifie pas que la Cour a définitivement validé toutes les dispositions de la réforme. Le recours en annulation doit encore être examiné sur le fond.
En l’absence de décision d’annulation, les règles actuelles continuent donc de s’appliquer. Il est préférable de ne pas annoncer une date précise pour l’arrêt définitif tant que celle-ci n’a pas été officiellement communiquée par la Cour.
En conclusion
Pour les demandeurs d’emploi de plus de 50 ans, l’âge ne constitue plus, à lui seul, une protection contre une fin de droit.
Entre 50 et 54 ans, la limitation à 24 mois s’applique en principe comme aux autres travailleurs qui ouvrent un nouveau droit.
À partir de 55 ans, une exception existe, mais elle suppose une carrière particulièrement longue : 31 années de passé professionnel pour un droit ouvert en 2026, puis progressivement jusqu’à 35 années à partir de 2030.
La priorité est donc de ne pas attendre les derniers mois : vérifier son dossier, faire contrôler son passé professionnel et activer rapidement les solutions adaptées à sa situation.
Les informations présentées dans cet article sont générales. La situation individuelle doit être confirmée auprès de l’ONEM, de la CAPAC ou de l’organisme syndical chargé du paiement des allocations.
Sources
- ONEM – Réforme de la réglementation du chômage
- ONEM – J’ai demandé des allocations de chômage après le 28 février 2026
- ONEM – J’ai bénéficié d’allocations de chômage avant le 1er mars 2026
- ONEM – Réforme du chômage : qu’est-ce qui change ?
- Moniteur belge – Loi-programme du 18 juillet 2025
- Institut fédéral des droits humains – Avis sur la réforme du chômage
- Cour constitutionnelle – Arrêt n° 11/2026 du 15 janvier 2026
- Unia – La discrimination fondée sur l’âge
- Le Forem – Impulsion 57+