Chômage à 24 mois : quel impact après 50 ans ?

Depuis le 1er mars 2026, le droit aux allocations de chômage complet en Belgique est plafonné à 24 mois maximum. Cette réforme, portée par le gouvernement fédéral (loi du 18 juillet 2025) dans le cadre de l’accord de gouvernement dit « Arizona  », rebat les cartes pour des dizaines de milliers de demandeurs d’emploi. Pour les candidats de plus de 50 ans, la question n’est pas anecdotique : contrairement à une idée reçue, l’âge seul ne protège pas de l’exclusion.

Voici ce qu’il faut comprendre, concrètement, pour anticiper plutôt que subir.

Ce que prévoit la réforme, en résumé

Le nouveau régime remplace la logique antérieure — un chômage qui pouvait, dans certains cas, se prolonger indéfiniment en troisième période forfaitaire — par une limite ferme dans le temps.

Le droit aux allocations de chômage complet se compose désormais de :

  • une période de base de 12 mois, ouverte à tout demandeur d’emploi indemnisé ;
  • une période complémentaire pouvant aller jusqu’à 12 mois supplémentaires, calculée en fonction du passé professionnel (un passé professionnel d’au moins 5 ans, soit 1.560 jours prestés, donne droit au maximum de 24 mois).

Les allocations d’insertion (pour les jeunes n’ayant pas ou peu travaillé) sont, elles, limitées à 12 mois maximum.

Cette bascule ne se fait pas d’un coup. L’ONEM applique des mesures transitoires depuis le 1er juillet 2025 pour les personnes déjà indemnisées, avec une sortie du système échelonnée en six vagues successives, de janvier 2026 à juillet 2027, selon l’ancienneté au chômage et la période d’indemnisation dans laquelle se trouve chacun. Les personnes concernées reçoivent un courrier individuel de l’ONEM plusieurs mois avant la date d’effet.

50-54 ans : l’âge, à lui seul, ne protège de rien

C’est le point le plus mal compris de la réforme, et le plus important pour un candidat dans cette tranche d’âge : il n’existe aucune exemption liée au seul fait d’avoir 50, 52 ou 54 ans. Un demandeur d’emploi de 50 ans est soumis exactement au même plafond de 24 mois qu’un jeune diplômé, avec les mêmes règles de calcul selon son passé professionnel.

Concrètement, cela signifie que pour cette tranche d’âge, l’enjeu bascule radicalement : la durée d’indemnisation cesse d’être un filet de sécurité de long terme et devient une fenêtre de 24 mois maximum dans laquelle la reconversion, la remise à l’emploi ou l’activation de solutions alternatives (formation qualifiante, indépendant complémentaire, RCC si les conditions sont réunies, etc.) doivent impérativement se jouer.

55 ans et plus : une exception qui protège beaucoup moins qu’il n’y paraît

Une exception existe bien dans la loi, mais elle est étroite et se resserre chaque année :

Les demandeurs d’emploi de 55 ans ou plus justifiant d’un passé professionnel d’au moins 30 ans ne sont pas soumis à la limitation dans le temps. Mais cette condition de carrière est elle-même mobile : elle augmente d’un an chaque année à partir de 2026, pour atteindre 35 ans de carrière requis en 2030.

L’effet pratique de ce durcissement progressif est important à connaître : selon les chiffres communiqués par l’ONEM lui-même, environ 82% des 55 ans et plus ne rempliront pas cette condition de carrière complète et resteront donc soumis au plafond de 24 mois. Les interruptions de carrière — temps partiel, maladie de longue durée, congé pour aidant proche, périodes de chômage antérieures, entrée tardive sur le marché du travail — suffisent souvent à faire tomber sous la barre des 30 ans, même à 58 ou 59 ans.

Autrement dit, pour un candidat de plus de 50 ans, il ne faut pas compter sur l’âge comme filet de sécurité par défaut : seule une carrière quasiment complète et continue ouvre droit à l’exception, et cette porte se referme un peu plus chaque année.

Les autres exceptions prévues par la loi

Certaines situations restent exclues du champ de la réforme, indépendamment de l’âge : le régime de chômage avec complément d’entreprise (RCC/prépension), l’allocation de sauvegarde pour les personnes non mobilisables sur le marché du travail « normal  », le statut d’artiste, les travailleurs portuaires, marins-pêcheurs, débardeurs et trieurs de poissons reconnus, ainsi que les travailleurs en situation de handicap occupés en atelier protégé de manière ininterrompue depuis le 1er juillet 2024.

Des reports temporaires (jusqu’à 12 mois, au plus tard jusqu’au 30 juin 2030) sont également possibles pour qui entame une formation vers un métier en pénurie avant le 1er janvier 2026, occupe un emploi à temps partiel avec allocation de garantie de revenus, travaille sans allocation, ou prend un congé pour aidant proche.

Ce que ça change, concrètement, dans une recherche d’emploi après 50 ans

Trois conséquences pratiques méritent une attention particulière pour un candidat 50+ :

La pression temporelle devient un facteur central de stratégie. Une recherche d’emploi qui, auparavant, pouvait s’étaler sur plusieurs années sans rupture de revenu, doit désormais composer avec une échéance connue à l’avance. Cela plaide pour activer très tôt tous les leviers — bilan de compétences, élargissement du réseau, ouverture à des secteurs en pénurie de main-d’œuvre, formation courte et qualifiante — plutôt que d’attendre les derniers mois du droit.

La discrimination à l’embauche liée à l’âge n’est pas résolue par la réforme. Les difficultés objectives que rencontrent les candidats seniors sur le marché du travail belge (durée moyenne de recherche plus longue, biais de recrutement, réticences de certains employeurs) demeurent, alors que la pression financière, elle, augmente. Il est d’autant plus utile de s’appuyer sur les dispositifs existants en faveur de l’emploi des travailleurs âgés (réductions de cotisations patronales pour l’embauche de travailleurs de 50 ans et plus selon les Régions, accompagnement personnalisé du Forem, d’Actiris ou du VDAB) et de les faire valoir explicitement auprès des recruteurs.

Le CPAS devient, pour certains, un filet de secours à anticiper plutôt qu’à découvrir. Un candidat qui arrive en fin de droit sans perspective d’emploi ni revenu de remplacement peut solliciter un revenu d’intégration auprès du CPAS de sa commune — mais uniquement à partir de la date de fin effective de l’allocation, et sous conditions de ressources. Se renseigner en amont, avant la date couperet, évite une rupture brutale de revenus.

Vérifier sa situation personnelle sans attendre

Parce que le calcul dépend étroit ement du passé professionnel individuel (nombre d’années travaillées, période d’indemnisation en cours, date d’ouverture du droit), il n’existe pas de réponse générique valable pour tous les candidats de plus de 50 ans. Deux réflexes s’imposent :

  • Consulter son dossier personnel auprès de son organisme de paiement (syndicat ou CAPAC) ou de l’ONEM pour connaître sa date précise de fin de droit ;
  • Se faire accompagner tôt — bien avant la réception du courrier de l’ONEM annonçant une exclusion — pour transformer cette fenêtre de 24 mois en une période de transition pilotée plutôt que subie.

À noter enfin que la réforme fait l’objet d’un recours porté devant la Cour constitutionnelle par les organisations syndicales, qui contestent sa conformité aux droits sociaux fondamentaux. La Cour a rejeté en janvier 2026 la demande de suspension mais doit encore rendre sa décision sur le fond ; celle-ci est attendue avant la fin de l’année 2026. Ce point d’incertitude juridique ne change rien à la situation actuelle des candidats, mais mérite d’être suivi.


Sources

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